L’Afsset juge les nanomatériaux «dangereux»
Le 24 octobre 2008
Vu dans novethic.fr
L’Afsset juge les nanomatériaux «dangereux»
Une première dans le domaine des nanotechnologies. Un récent avis de l’Afsset met en cause l’innocuité des nanoparticules produites par les industries. L’agence prône la précaution auprès des entreprises, sans pour autant recommander l’interdiction des nanomatériaux.
«Nous sommes à la veille d’une révolution technologique». Henri Poinsignon, directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), ne tarie pas d’éloges sur les nanomatériaux. Il se dit satisfait que «pour une fois, on assiste à une avancée scientifique majeure, en se posant en même temps la question de la sécurité sanitaire». Pourtant, les nanoparticules sont utilisées depuis les années 90 déjà, dans de nombreuses industries (cosmétiques, alimentaires, textiles, micro-informatique…) sans pour autant que leurs effets ne soient parfaitement connus. Aujourd’hui encore, rien n’oblige un industriel à s’assurer de l’innocuité des nanomatériaux qu’il produit, et très peu d’informations sont disponibles sur les différentes molécules. Le principe de précaution est donc, une fois de plus, théorique.
Aux dires de l’Afsset, la situation n’est pas alarmante, car la réaction a été relativement rapide. «Les conditions sont différentes de celles de l’amiante, où on a laissé sciemment les gens s’exposer à une substance dangereuse» affirme le professeur Gérard Lasfargues, chef du département des expertises en santé-environnement-travail de l’Afsset. Saisie en 2006 par ses trois ministères de tutelle (santé, travail et écologie), l’agence a entrepris une étude poussée sur les pratiques des entreprises qui produisent ou manipulent des nanoparticules. Elle vient de rendre un rapport pour le moins inquiétant, mais incomplet. Seul 16% des 179 industriels français interrogés ont en effet accepté de répondre aux sollicitations de l’Afsset, qui sont pourtant soumises au secret professionnel (pour consulter la liste, page 207 de l’étude, voir le lien).
Manque de moyens, manque d’information
Toutefois les chiffres obtenus par l’Afsset sont déjà intéressants : des centaines de milliers de tonnes de nanoparticules sont produites tous les ans en France, exposant plus de 10000 employés, selon les estimations de l’agence. «Nous avons noté le manque de moyens pour évaluer les risques dans les laboratoires, la connaissance limitée des effets des produits manipulés sur la santé humaines, et les difficultés technologiques de protection des techniciens» explique le docteur Eric Gaffet, président du groupe d’experts Nanomatériaux et sécurité au travail et directeur de recherche au Centre national pour la recherche scientifique (CNRS). Il n’existe pas encore d’appareil unique pour mesurer l’exposition des employés, ce qui oblige le groupe d’experts à recouper les informations pour obtenir une estimation correcte.
L’inquiétude vient du manque d’informations concernant les nanoparticules. Elles possèdent des propriétés physico-chimiques très spéciales de part leur très petite taille, mais différentes les unes des autres. Il convient donc de les étudier séparément pour évaluer leurs impacts, ce qui peut prendre de nombreuses années. D’autant plus que les nanomatériaux ne tombent pas sous le coup de la règlementation REACH. Rien n’obligera donc les industriels à rendre des comptes sur les nanoparticules produites ou utilisées. Et le peu de réponses reçues par l’Afsset prouve le manque de coopération des entreprises. «Pour faire progresser la sécurité, il faut regrouper et partager les données sur les nanotechnologies» soutient David Vernez, responsable de la coordination et du suivi des travaux de l’Afsset sur les nanomatériaux.
En projet, un guide des bonnes pratiques pour les entreprises
Malgré tout, l’état des connaissances s’améliore. «Il y a 5 ans, seuls 10 articles scientifiques étaient publiés par an sur les effets des nanomatériaux. Aujourd’hui, il y en a 50 fois plus. Cela prouve une vraie prise de conscience de la part des industriels» explique Eric Gaffet. «Mais les incertitudes restent importantes» ajoute-t-il. C’est pourquoi l’Afsset classe aujourd’hui les nanomatériaux dans la catégorie “produits chimiques dangereux”. L’agence a prévu de publier un guide des bonnes pratiques, destiné aux entreprises. «Un référentiel doit être mis en place, pour tester la toxicité des produits avant leur mise sur le marché. Un REACH spécial nanotechnologies, dans le cadre du Grenelle, serait également essentiel» soutient Gérard Lasfargues. Le focus est plutôt mis sur l’information des industriels, sans céder à la panique. «On ne souhaite pas alarmer les gens, mais informer population et professionnels pour pouvoir prendre des décisions concrètes» tempère Henri Poinsignon.
Les experts scientifiques de l’Afsset préconisent donc l’application d’un principe de précaution concernant la sécurité des travailleurs en contact avec des nanoparticules. Et les consommateurs qui achètent, sans le savoir, des produits qui en contiennent ? Après un premier rapport, paru en juin 2006, sur les effets sur la santé et l’environnement, l’agence a été saisie une troisième fois par ses ministères de tutelle. Cette fois, elle évaluera l’impact sur la population générale d’une sélection de produits représentatifs contenant des nanomatériaux. Près de 2000 nanoparticules sont commercialisées, dans environ 500 articles disponibles en France (crème pour le visage, lecteur MP3, pneus, colles, peintures, vélos…). L’Afsset prévoit de publier ses résultats aux alentours de l’été 2009.
Rouba Naaman novethic.fr
Nanoparticules
Les nanoparticules, également appelées particules ultrafines (PUF), sont des molécules dont la taille varie entre 1 et 100 nanomètres (1 nm = 10exp(-9) m = 0,000000001 m). Elles sont donc plus grandes que des atomes et plus petites qu’une cellule. On distingue les nanoparticules “élaborées”, fabriquées artificiellement, et les “émissions secondaires”, sous-produits d’une réaction, comme les particules présentes dans la fumée de cigarette ou les émissions de diesel. Les nanoparticules artificielles sont fabriquées soit par fractionnement d’un matériau massif (approche descendante), soit par agglomération d’atomes (approche ascendante). Elles se présentent sous la forme de poudres, de gel ou de solutions. Leur intérêt réside dans leur taille qui leur confère des propriétés physico-chimiques inédites. Une même molécule peut d’ailleurs être inactive à l’échelle microscopique (10exp(-6) m), et devenir très efficace à l’échelle nanoscopique. Il existe des nanoparticules de n’importe quel matériau : carbones, céramiques, métaux, etc. On ne peut donc pas parler de façon générique des nanoparticules : chacune a ses propres caractéristiques, notamment en ce qui concerne la toxicité et la pénétration. Elles sont aujourd’hui utilisées dans de nombreuses industries.
L’Afsset juge les nanomatériaux «dangereux»
Une première dans le domaine des nanotechnologies. Un récent avis de l’Afsset met en cause l’innocuité des nanoparticules produites par les industries. L’agence prône la précaution auprès des entreprises, sans pour autant recommander l’interdiction des nanomatériaux.
«Nous sommes à la veille d’une révolution technologique». Henri Poinsignon, directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), ne tarie pas d’éloges sur les nanomatériaux. Il se dit satisfait que «pour une fois, on assiste à une avancée scientifique majeure, en se posant en même temps la question de la sécurité sanitaire». Pourtant, les nanoparticules sont utilisées depuis les années 90 déjà, dans de nombreuses industries (cosmétiques, alimentaires, textiles, micro-informatique…) sans pour autant que leurs effets ne soient parfaitement connus. Aujourd’hui encore, rien n’oblige un industriel à s’assurer de l’innocuité des nanomatériaux qu’il produit, et très peu d’informations sont disponibles sur les différentes molécules. Le principe de précaution est donc, une fois de plus, théorique.
Aux dires de l’Afsset, la situation n’est pas alarmante, car la réaction a été relativement rapide. «Les conditions sont différentes de celles de l’amiante, où on a laissé sciemment les gens s’exposer à une substance dangereuse» affirme le professeur Gérard Lasfargues, chef du département des expertises en santé-environnement-travail de l’Afsset. Saisie en 2006 par ses trois ministères de tutelle (santé, travail et écologie), l’agence a entrepris une étude poussée sur les pratiques des entreprises qui produisent ou manipulent des nanoparticules. Elle vient de rendre un rapport pour le moins inquiétant, mais incomplet. Seul 16% des 179 industriels français interrogés ont en effet accepté de répondre aux sollicitations de l’Afsset, qui sont pourtant soumises au secret professionnel (pour consulter la liste, page 207 de l’étude, voir le lien).
Manque de moyens, manque d’information
Toutefois les chiffres obtenus par l’Afsset sont déjà intéressants : des centaines de milliers de tonnes de nanoparticules sont produites tous les ans en France, exposant plus de 10000 employés, selon les estimations de l’agence. «Nous avons noté le manque de moyens pour évaluer les risques dans les laboratoires, la connaissance limitée des effets des produits manipulés sur la santé humaines, et les difficultés technologiques de protection des techniciens» explique le docteur Eric Gaffet, président du groupe d’experts Nanomatériaux et sécurité au travail et directeur de recherche au Centre national pour la recherche scientifique (CNRS). Il n’existe pas encore d’appareil unique pour mesurer l’exposition des employés, ce qui oblige le groupe d’experts à recouper les informations pour obtenir une estimation correcte.
L’inquiétude vient du manque d’informations concernant les nanoparticules. Elles possèdent des propriétés physico-chimiques très spéciales de part leur très petite taille, mais différentes les unes des autres. Il convient donc de les étudier séparément pour évaluer leurs impacts, ce qui peut prendre de nombreuses années. D’autant plus que les nanomatériaux ne tombent pas sous le coup de la règlementation REACH. Rien n’obligera donc les industriels à rendre des comptes sur les nanoparticules produites ou utilisées. Et le peu de réponses reçues par l’Afsset prouve le manque de coopération des entreprises. «Pour faire progresser la sécurité, il faut regrouper et partager les données sur les nanotechnologies» soutient David Vernez, responsable de la coordination et du suivi des travaux de l’Afsset sur les nanomatériaux.
En projet, un guide des bonnes pratiques pour les entreprises
Malgré tout, l’état des connaissances s’améliore. «Il y a 5 ans, seuls 10 articles scientifiques étaient publiés par an sur les effets des nanomatériaux. Aujourd’hui, il y en a 50 fois plus. Cela prouve une vraie prise de conscience de la part des industriels» explique Eric Gaffet. «Mais les incertitudes restent importantes» ajoute-t-il. C’est pourquoi l’Afsset classe aujourd’hui les nanomatériaux dans la catégorie “produits chimiques dangereux”. L’agence a prévu de publier un guide des bonnes pratiques, destiné aux entreprises. «Un référentiel doit être mis en place, pour tester la toxicité des produits avant leur mise sur le marché. Un REACH spécial nanotechnologies, dans le cadre du Grenelle, serait également essentiel» soutient Gérard Lasfargues. Le focus est plutôt mis sur l’information des industriels, sans céder à la panique. «On ne souhaite pas alarmer les gens, mais informer population et professionnels pour pouvoir prendre des décisions concrètes» tempère Henri Poinsignon.
Les experts scientifiques de l’Afsset préconisent donc l’application d’un principe de précaution concernant la sécurité des travailleurs en contact avec des nanoparticules. Et les consommateurs qui achètent, sans le savoir, des produits qui en contiennent ? Après un premier rapport, paru en juin 2006, sur les effets sur la santé et l’environnement, l’agence a été saisie une troisième fois par ses ministères de tutelle. Cette fois, elle évaluera l’impact sur la population générale d’une sélection de produits représentatifs contenant des nanomatériaux. Près de 2000 nanoparticules sont commercialisées, dans environ 500 articles disponibles en France (crème pour le visage, lecteur MP3, pneus, colles, peintures, vélos…). L’Afsset prévoit de publier ses résultats aux alentours de l’été 2009.
Rouba Naaman novethic.fr
Nanoparticules
Les nanoparticules, également appelées particules ultrafines (PUF), sont des molécules dont la taille varie entre 1 et 100 nanomètres (1 nm = 10exp(-9) m = 0,000000001 m). Elles sont donc plus grandes que des atomes et plus petites qu’une cellule. On distingue les nanoparticules “élaborées”, fabriquées artificiellement, et les “émissions secondaires”, sous-produits d’une réaction, comme les particules présentes dans la fumée de cigarette ou les émissions de diesel. Les nanoparticules artificielles sont fabriquées soit par fractionnement d’un matériau massif (approche descendante), soit par agglomération d’atomes (approche ascendante). Elles se présentent sous la forme de poudres, de gel ou de solutions. Leur intérêt réside dans leur taille qui leur confère des propriétés physico-chimiques inédites. Une même molécule peut d’ailleurs être inactive à l’échelle microscopique (10exp(-6) m), et devenir très efficace à l’échelle nanoscopique. Il existe des nanoparticules de n’importe quel matériau : carbones, céramiques, métaux, etc. On ne peut donc pas parler de façon générique des nanoparticules : chacune a ses propres caractéristiques, notamment en ce qui concerne la toxicité et la pénétration. Elles sont aujourd’hui utilisées dans de nombreuses industries.


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