Mille familles paysannes se reconvertissent au coton bio
Le 06 novembre 2002
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Le projet Maikaal en Inde
La destruction des ressources mondiales d′eau douce fait partie des problèmes les plus pressants de notre époque. La conférence mondiale sur l′eau qui s′est tenue l′année passée à La Haye était unanime : l′agriculture joue dans ce contexte un rôle clé. Les pesticides et les engrais chimiques sont désignés dans le monde entier comme la plus problématique des sources de pollution des eaux. Et plus des deux tiers de l′eau potable sont utilisés pour l′irrigation artificielle.
Le coton est un bon exemple : 73 % des récoltes proviennent de champs artificiellement irrigués. Le rendement est de 894 kg à l′hectare dans les cultures irriguées et de 391 kg dans les cultures pluviales… la proportion de terres irriguées continue donc logiquement d′augmenter. Deux stratégies doivent être mises en œuvre pour gérer de manière plus durable le capital aquatique de la Planète Bleue : optimiser les cultures pluviales et favoriser les méthodes durables d′irrigation. Il n′y a pourtant encore aucune directive pour la gestion durable des ressources en eau, et ce ne sont pas les normes bio qui comblent ce vide.
Ceux qui ne pensent pas seulement à une alimentation saine mais aussi à l′environnement et à des dimensions globales lorsqu′ils pensent au bio s′intéresseront forcément aux textiles.
Mais quel rapport la mode peut-elle bien avoir avec l′agriculture ? Le coton est la plus importante des fibres textiles, mais aussi l′une des plus problématiques des productions agricoles. Elle recourt classiquement à des quantités catastrophiques de pesticides. Comme le montre le projet Maikaal, l′agriculture biologique peut montrer des voies qui permettent de sortir du cercle vicieux des poisons, mais le marché des textiles bio est très dur.
Une culture intensive impitoyable
Les faits sont préoccupants : les cultures de coton utilisent à elles seules 24 % des pesticides vendus dans le monde alors qu′elles ne représentent que 2,4 % de la surface agricole mondiale. Pendant des décennies, la culture du coton n′a poursuivi que deux objectifs : rendement maximal et qualité optimale des fibres. Alors que les surfaces de coton sont restées les mêmes, les rendements on triplé depuis 1930.
Cette évolution a mené cette culture dans une impasse. Basé à Washington, l′International Cotton Advisory Comittee (ICAC) observe en effet depuis quelques années une diminution des rendements due principalement aux ravageurs, à la salinisation ou à la paludification des sols ainsi qu′à la diminution du niveau des nappes phréatiques.
La Chine a dû abandonner la culture du coton dans des régions entières alors que le Pakistan est confronté à une énorme diminution des rendements à cause des insectes. Dans les pires cas, comme par exemple autour de la mer d′Aral en Asie centrale, la culture du coton a perturbé de manière pratiquement irrécupérable les écosystèmes de régions immenses.
Lorsqu′on en est là, plus rien ne pousse, même pas les cultures vivrières. La qualité des sols et de l′eau, notamment de l′eau potable, n′est pas seule à souffrir de l′utilisation massive des pesticides, c′est aussi le cas de la santé des habitants de ces régions. La plupart des pesticides utilisés sur le coton sont en effet classés par l′OMS parmi les substances dangereuses et même très dangereuses.
Urgence, urgence
Plus de 70 pays cultivent du coton, mais les six principaux totalisent environ 75 % de la production mondiale. La Chine et les Etats-Unis sont les plus gros producteurs, suivis de l′Inde, du Pakistan, de l′Ouzbékistan et de la Turquie.
Il serait impensable de stopper la production de coton. Pour de nombreux pays en effet, l′importance économique de la culture du coton et de l′industrie textile qui en dépend est trop importante. C′est ainsi que le coton et les textiles représentent les deux tiers des exportations du Pakistan. En Amérique latine, en Asie et en Afrique, des millions de petites familles paysannes dépendent de la culture du coton. La demande croît malgré la progression des textiles synthétiques. Il est donc urgent de concevoir des stratégies de production plus durables.
Du coton bio ? c′est possible !
De nombreux projets aux Etats-Unis, en Turquie, en Amérique latine, en Afrique et en Asie montrent qu′il est possible de reconvertir au bio les cultures conventionnelles de coton. En Inde centrale, le projet Maikaal est exemplaire à cet égard.
Le projet a démarré en 1992 à l′initiative de Patrick Hohmann, le directeur de Remei AG, un commerce de textiles de Rotkreuz, avec une seule ferme pilote dans le territoire de la filature Maikaal Fibres Ltd. Aujourd′hui 1 100 familles paysannes cultivent 6 000 ha en bio. La moitié de la surface produit du coton, et l′autre moitié des cultures en rotation comme du blé ou des pois chiches. Les cultures sont certifiées conformes aux directives bio de l′Union européenne par IMO (Institut für Marktökologie).
Le projet Maikaal est implanté dans une région cotonnière traditionnelle sur les rives du fleuve Narmada dans le centre de l′Inde, dans l′Etat du Madhya Pradesh. De nombreuses familles paysannes possèdent chacune entre un et deux hectares de terres agricoles et travaillent encore aujourd′hui avec des moyens très simples. Des bœufs tiennent lieu de tracteurs, on récolte et on désherbe à la main, ce qui rend superflue l′utilisation massive d′herbicides chimiques.
Même en production conventionnelle, cette région n′avait jamais abandonné les cultures mixtes et les rotations des cultures. Cela a d′emblée paru favorable à l′agriculture bio, mais cela n′avait pas suffi à empêcher les paysans de devenir ces dernières décennies dépendants des engrais et pesticides chimiques. Pucerons, cicadelles et vers des capsules, un ravageur capable de détruire totalement les capsules du coton, provoquent des pertes immenses.
On recourt alors aux insecticides, qui éliminent la quasi-totalité des auxiliaires alors que les ravageurs deviennent rapidement résistants. On a donc dû employer des quantités toujours plus grandes de pesticides toujours plus toxiques, ce qui a provoqué une massive augmentation des coûts de production.
Les préoccupations économiques n′ont donc pas été les moindres à motiver l′intérêt de ces paysans pour des solutions différentes. Il faut cependant beaucoup de courage pour renoncer à la chimie sur un champ qui est souvent le seul que la famille possède.
La vulgarisation est primordiale
Après le scepticisme du début, les réussites de la lutte biologique contre les ravageurs, les garanties de prise en charge et les meilleurs prix payés pour le coton bio par la filature Maikaal Fibres convainquent toujours plus de paysans.
La fumure a été un vrai défi. Les paysans ne connaissaient aucune méthode de compostage, et de précieux éléments nutritifs étaient perdus à cause de l′utilisation de la bouse de vache comme combustible. Comme Rajeev Baruah, le coordinateur du projet sur place en Inde, l′avait souligné à Bâle pendant le congrès Ifoam 2000, "la vulgarisation est l′élément principal du succès du projet Maikaal.". La création de centres de vulgarisation fonctionnant chacun pour 8 à 15 villages a donc été une des premières étapes du projet. Les vulgarisateurs viennent en général de ces villages-là. Ils soutiennent les paysans par la théorie et la pratique, et ils les encouragent à faire des essais. Il est pour cela absolument nécessaire de bien connaître les conditions et la culture locales. Les centres de vulgarisation se chargent de l′achat d′engrais et de produits phytosanitaires biologiques, et ils assurent aussi la circulation des informations.
Le très dur marché des textiles bio
L′idée de base du projet était de mener en parallèle le développement du marché des textiles en coton bio en Europe et l′encouragement de la reconversion des producteurs en Inde. La mise en place d′une filière complète de transformation douce et d′un système complet de contrôles des flux des marchandises du champ à l′habit est cependant loin d′être simple. Il est en effet courant que 15 entreprises indépendantes les unes des autres interviennent pour filer, tisser, teindre, imprimer, couper et coudre un textile.
En outre, la mode éphémère veut sans cesse de nouveaux modèles, couleurs et patrons. Seuls peuvent survivre ceux qui savent reconnaître les tendances de la mode et qui peuvent en suivre les rythmes, les qualités et les prix. Il est très difficile de soumettre tout cela à des normes écologiques. Et il n′y a pas encore de label bio largement reconnu pour ce genre de produits.
Il a été possible de mettre en place un partenariat avec la Natura Ligne de la Coop, qui représente aujourd′hui un trait d′union important entre les paysans indiens et les consommateurs suisses.
Pourtant, le développement du marché qui serait nécessaire à la généralisation de la culture biologique du coton s′avère très difficile. C′est en 1990 que des entreprises de vente par correspondance comme WWF Panda SA et Hess Natur ont lancé en Suisse les premiers textiles à base de fibres bio. Il y eut ensuite en 1993 une véritable vague bio à laquelle participèrent aussi H & M et Esprit - qui arrêtèrent très vite à cause de la croissance trop lente du chiffre d′affaires.
Aujourd′hui, avec 8 000 tonnes, le coton bio ne représente toujours même pas un pour mille de la production mondiale de coton. La Coop (Suisse) est un des acheteurs principaux après l′entreprise américaine de confection outdoor de vêtements Patagonia. Parmi les entreprises possédant réellement un bon potentiel de production de grandes quantités, très peu s′intéressent sérieusement au coton bio.
L′Institut d′économie et d′écologie IWÖ de l′Université de Saint-Gall s′occupe intensivement de la percée des textiles bio dans le marché de masse. On y suit trois axes principaux : une meilleure prise en compte des besoins de la clientèle, la réalisation d′économies substantielles grâce à un management des coûts de production supervisant toute la chaîne de mise en valeur, et enfin la possibilité d′atteindre de nouveaux segments de clientèle en utilisant de nouveaux messages publicitaires. Arnt Meyer, de l′IWÖ, exigeait l′année passée au Bio-Marché de Zofingue un peu plus de créativité de la part de la " scène bio " : il faut en finir avec l′image ringarde des textiles bio ! Seuls pourront sortir de leur niche de marché ceux qui seront capables de penser au-delà des seuls besoins de cette niche…
Il s′agit donc de développer une coopération stable entre l′agriculture, l′industrie textile et vestimentaire et le commerce. Et que tous ceux qui veulent contribuer déjà maintenant - même modestement - à ce développement s′achètent au moins de temps en temps un vêtement ou un sous-vêtement en coton bio !
L′industrie mise sur le coton transgénique
La pollution de l′environnement pourrait être massivement réduite grâce au génie génétique, voilà la promesse des multinationales et de quelques chercheurs. Une étude demandée par le WWF montre pourtant que la généralisation des cultures transgéniques aux Etats-Unis ces cinq dernières années n′a pas apporté une nette diminution de l′utilisation de la chimie. Les statistiques d′utilisation des pesticides dans le coton établies par le National Agricultural Statistics Service (NASS) ne montrent aucune diminution, ni pour les pesticides, ni pour les herbicides. Au contraire, la culture de variétés de coton résistantes aux herbicides a permis de développer fortement la vente des herbicides totaux qui peuvent être utilisés directement dans les cultures de ces variétés transgéniques. A qui profite…
Aux Etats-Unis, la proportion de coton transgénique atteint déjà 50 %. Cela fait donc déjà 10 % de coton transgénique au niveau mondial !
Texte de Christine Bärlocher.
En Inde, 1 100 familles paysannes participent au projet Maikaal et vivent de la culture de coton bio, environ 6 000 hectares. Ce projet a reçu en Suisse le Prix Coop Natura et commence à fournir l′Europe.Un vide dans le cahier des charges international du bio
La destruction des ressources mondiales d′eau douce fait partie des problèmes les plus pressants de notre époque. La conférence mondiale sur l′eau qui s′est tenue l′année passée à La Haye était unanime : l′agriculture joue dans ce contexte un rôle clé. Les pesticides et les engrais chimiques sont désignés dans le monde entier comme la plus problématique des sources de pollution des eaux. Et plus des deux tiers de l′eau potable sont utilisés pour l′irrigation artificielle.
Le coton est un bon exemple : 73 % des récoltes proviennent de champs artificiellement irrigués. Le rendement est de 894 kg à l′hectare dans les cultures irriguées et de 391 kg dans les cultures pluviales… la proportion de terres irriguées continue donc logiquement d′augmenter. Deux stratégies doivent être mises en œuvre pour gérer de manière plus durable le capital aquatique de la Planète Bleue : optimiser les cultures pluviales et favoriser les méthodes durables d′irrigation. Il n′y a pourtant encore aucune directive pour la gestion durable des ressources en eau, et ce ne sont pas les normes bio qui comblent ce vide.
Ceux qui ne pensent pas seulement à une alimentation saine mais aussi à l′environnement et à des dimensions globales lorsqu′ils pensent au bio s′intéresseront forcément aux textiles.
Mais quel rapport la mode peut-elle bien avoir avec l′agriculture ? Le coton est la plus importante des fibres textiles, mais aussi l′une des plus problématiques des productions agricoles. Elle recourt classiquement à des quantités catastrophiques de pesticides. Comme le montre le projet Maikaal, l′agriculture biologique peut montrer des voies qui permettent de sortir du cercle vicieux des poisons, mais le marché des textiles bio est très dur.
Une culture intensive impitoyable
Les faits sont préoccupants : les cultures de coton utilisent à elles seules 24 % des pesticides vendus dans le monde alors qu′elles ne représentent que 2,4 % de la surface agricole mondiale. Pendant des décennies, la culture du coton n′a poursuivi que deux objectifs : rendement maximal et qualité optimale des fibres. Alors que les surfaces de coton sont restées les mêmes, les rendements on triplé depuis 1930.
Cette évolution a mené cette culture dans une impasse. Basé à Washington, l′International Cotton Advisory Comittee (ICAC) observe en effet depuis quelques années une diminution des rendements due principalement aux ravageurs, à la salinisation ou à la paludification des sols ainsi qu′à la diminution du niveau des nappes phréatiques.
La Chine a dû abandonner la culture du coton dans des régions entières alors que le Pakistan est confronté à une énorme diminution des rendements à cause des insectes. Dans les pires cas, comme par exemple autour de la mer d′Aral en Asie centrale, la culture du coton a perturbé de manière pratiquement irrécupérable les écosystèmes de régions immenses.
Lorsqu′on en est là, plus rien ne pousse, même pas les cultures vivrières. La qualité des sols et de l′eau, notamment de l′eau potable, n′est pas seule à souffrir de l′utilisation massive des pesticides, c′est aussi le cas de la santé des habitants de ces régions. La plupart des pesticides utilisés sur le coton sont en effet classés par l′OMS parmi les substances dangereuses et même très dangereuses.
Urgence, urgence
Plus de 70 pays cultivent du coton, mais les six principaux totalisent environ 75 % de la production mondiale. La Chine et les Etats-Unis sont les plus gros producteurs, suivis de l′Inde, du Pakistan, de l′Ouzbékistan et de la Turquie.
Il serait impensable de stopper la production de coton. Pour de nombreux pays en effet, l′importance économique de la culture du coton et de l′industrie textile qui en dépend est trop importante. C′est ainsi que le coton et les textiles représentent les deux tiers des exportations du Pakistan. En Amérique latine, en Asie et en Afrique, des millions de petites familles paysannes dépendent de la culture du coton. La demande croît malgré la progression des textiles synthétiques. Il est donc urgent de concevoir des stratégies de production plus durables.
Du coton bio ? c′est possible !
De nombreux projets aux Etats-Unis, en Turquie, en Amérique latine, en Afrique et en Asie montrent qu′il est possible de reconvertir au bio les cultures conventionnelles de coton. En Inde centrale, le projet Maikaal est exemplaire à cet égard.
Le projet a démarré en 1992 à l′initiative de Patrick Hohmann, le directeur de Remei AG, un commerce de textiles de Rotkreuz, avec une seule ferme pilote dans le territoire de la filature Maikaal Fibres Ltd. Aujourd′hui 1 100 familles paysannes cultivent 6 000 ha en bio. La moitié de la surface produit du coton, et l′autre moitié des cultures en rotation comme du blé ou des pois chiches. Les cultures sont certifiées conformes aux directives bio de l′Union européenne par IMO (Institut für Marktökologie).
Le projet Maikaal est implanté dans une région cotonnière traditionnelle sur les rives du fleuve Narmada dans le centre de l′Inde, dans l′Etat du Madhya Pradesh. De nombreuses familles paysannes possèdent chacune entre un et deux hectares de terres agricoles et travaillent encore aujourd′hui avec des moyens très simples. Des bœufs tiennent lieu de tracteurs, on récolte et on désherbe à la main, ce qui rend superflue l′utilisation massive d′herbicides chimiques.
Même en production conventionnelle, cette région n′avait jamais abandonné les cultures mixtes et les rotations des cultures. Cela a d′emblée paru favorable à l′agriculture bio, mais cela n′avait pas suffi à empêcher les paysans de devenir ces dernières décennies dépendants des engrais et pesticides chimiques. Pucerons, cicadelles et vers des capsules, un ravageur capable de détruire totalement les capsules du coton, provoquent des pertes immenses.
On recourt alors aux insecticides, qui éliminent la quasi-totalité des auxiliaires alors que les ravageurs deviennent rapidement résistants. On a donc dû employer des quantités toujours plus grandes de pesticides toujours plus toxiques, ce qui a provoqué une massive augmentation des coûts de production.
Les préoccupations économiques n′ont donc pas été les moindres à motiver l′intérêt de ces paysans pour des solutions différentes. Il faut cependant beaucoup de courage pour renoncer à la chimie sur un champ qui est souvent le seul que la famille possède.
La vulgarisation est primordiale
Après le scepticisme du début, les réussites de la lutte biologique contre les ravageurs, les garanties de prise en charge et les meilleurs prix payés pour le coton bio par la filature Maikaal Fibres convainquent toujours plus de paysans.
La fumure a été un vrai défi. Les paysans ne connaissaient aucune méthode de compostage, et de précieux éléments nutritifs étaient perdus à cause de l′utilisation de la bouse de vache comme combustible. Comme Rajeev Baruah, le coordinateur du projet sur place en Inde, l′avait souligné à Bâle pendant le congrès Ifoam 2000, "la vulgarisation est l′élément principal du succès du projet Maikaal.". La création de centres de vulgarisation fonctionnant chacun pour 8 à 15 villages a donc été une des premières étapes du projet. Les vulgarisateurs viennent en général de ces villages-là. Ils soutiennent les paysans par la théorie et la pratique, et ils les encouragent à faire des essais. Il est pour cela absolument nécessaire de bien connaître les conditions et la culture locales. Les centres de vulgarisation se chargent de l′achat d′engrais et de produits phytosanitaires biologiques, et ils assurent aussi la circulation des informations.
Le très dur marché des textiles bio
L′idée de base du projet était de mener en parallèle le développement du marché des textiles en coton bio en Europe et l′encouragement de la reconversion des producteurs en Inde. La mise en place d′une filière complète de transformation douce et d′un système complet de contrôles des flux des marchandises du champ à l′habit est cependant loin d′être simple. Il est en effet courant que 15 entreprises indépendantes les unes des autres interviennent pour filer, tisser, teindre, imprimer, couper et coudre un textile.
En outre, la mode éphémère veut sans cesse de nouveaux modèles, couleurs et patrons. Seuls peuvent survivre ceux qui savent reconnaître les tendances de la mode et qui peuvent en suivre les rythmes, les qualités et les prix. Il est très difficile de soumettre tout cela à des normes écologiques. Et il n′y a pas encore de label bio largement reconnu pour ce genre de produits.
Il a été possible de mettre en place un partenariat avec la Natura Ligne de la Coop, qui représente aujourd′hui un trait d′union important entre les paysans indiens et les consommateurs suisses.
Pourtant, le développement du marché qui serait nécessaire à la généralisation de la culture biologique du coton s′avère très difficile. C′est en 1990 que des entreprises de vente par correspondance comme WWF Panda SA et Hess Natur ont lancé en Suisse les premiers textiles à base de fibres bio. Il y eut ensuite en 1993 une véritable vague bio à laquelle participèrent aussi H & M et Esprit - qui arrêtèrent très vite à cause de la croissance trop lente du chiffre d′affaires.
Aujourd′hui, avec 8 000 tonnes, le coton bio ne représente toujours même pas un pour mille de la production mondiale de coton. La Coop (Suisse) est un des acheteurs principaux après l′entreprise américaine de confection outdoor de vêtements Patagonia. Parmi les entreprises possédant réellement un bon potentiel de production de grandes quantités, très peu s′intéressent sérieusement au coton bio.
L′Institut d′économie et d′écologie IWÖ de l′Université de Saint-Gall s′occupe intensivement de la percée des textiles bio dans le marché de masse. On y suit trois axes principaux : une meilleure prise en compte des besoins de la clientèle, la réalisation d′économies substantielles grâce à un management des coûts de production supervisant toute la chaîne de mise en valeur, et enfin la possibilité d′atteindre de nouveaux segments de clientèle en utilisant de nouveaux messages publicitaires. Arnt Meyer, de l′IWÖ, exigeait l′année passée au Bio-Marché de Zofingue un peu plus de créativité de la part de la " scène bio " : il faut en finir avec l′image ringarde des textiles bio ! Seuls pourront sortir de leur niche de marché ceux qui seront capables de penser au-delà des seuls besoins de cette niche…
Il s′agit donc de développer une coopération stable entre l′agriculture, l′industrie textile et vestimentaire et le commerce. Et que tous ceux qui veulent contribuer déjà maintenant - même modestement - à ce développement s′achètent au moins de temps en temps un vêtement ou un sous-vêtement en coton bio !
L′industrie mise sur le coton transgénique
La pollution de l′environnement pourrait être massivement réduite grâce au génie génétique, voilà la promesse des multinationales et de quelques chercheurs. Une étude demandée par le WWF montre pourtant que la généralisation des cultures transgéniques aux Etats-Unis ces cinq dernières années n′a pas apporté une nette diminution de l′utilisation de la chimie. Les statistiques d′utilisation des pesticides dans le coton établies par le National Agricultural Statistics Service (NASS) ne montrent aucune diminution, ni pour les pesticides, ni pour les herbicides. Au contraire, la culture de variétés de coton résistantes aux herbicides a permis de développer fortement la vente des herbicides totaux qui peuvent être utilisés directement dans les cultures de ces variétés transgéniques. A qui profite…
Aux Etats-Unis, la proportion de coton transgénique atteint déjà 50 %. Cela fait donc déjà 10 % de coton transgénique au niveau mondial !
Texte de Christine Bärlocher.


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