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Nos cuirasses étouffantes
Le 14 mai 2001
Vu dans Les 3 Mondes Le corps retrouvé

Notre "réel" corps, celui qui représente notre réelle identité, notre être profond, s'est perdu à travers ses cuirasses, ses armures et ses défenses inconscientes face à la vie, l'amour et la créativité. Mais pourquoi créons-nous des cuirasses qui retiennent la vie ?
Qu'est-ce qu'une cuirasse ?
Une cuirasse est une réaction de défense inconsciente à un traumatisme vécu par le corps et/ou la psyché. La cuirasse est une tension venant d'un mouvement d'inhibition, toujours inconscient qui bloque la vie pour ne pas sentir", "ne pas avoir mal", "pour se protéger de…". Elle peut apparaître dès la formation du foetus dans le ventre de la mère et se développer tout au long du processus d'individuation (1) de la naissance jusqu'à la vie adulte. Elle se bâtit par une retenue de la spontanéité du mouvement. La cuirasse a une qualité à la fois physique et affective qui est indissociable. La cuirasse physique cache l'histoire de nos tensions et des mouvements spontanés que nous avons retenus. Elle cache aussi l'histoire de nos compensations, de nos postures copiées sur celles de nos parents, des postures prises pour nous défendre, pour nous cacher. La cuirasse physique est à la fois musculaire et affective. Elle peut être créée par une inhibition (2) provoquée par l'extérieur, par exemple un parent qui refuse que l'enfant tape du pied pour exprimer sa colère. Ce geste retenu une seule fois ne crée pas une inhibition qui s'installe, mais retenu 100 fois petit à petit le mouvement spontané du pied qui veut frapper le sol pour exprimer l'impulsion énergétique qu'est l'émotion de colère, 100 fois il peut alors créer une tension qui s'installera dans le bassin, la hanche, les psoas (muscles profonds du bassin), dans la jambe et dans le pied.
Elle peut aussi provenir d'une inhibition intérieure qui constamment se joue dans le cerveau de l'enfant, par exemple une croyance que l'enfant aurait enregistrée et qui retient son geste de vie : "je n'ai pas le droit d'exprimer ma tristesse" ou "je n'ai pas le droit de pleurer, je me dois d'être un petit homme". Cette pensée qui se répète à chaque fois que vient l'impulsion nerveuse de la tristesse crée une inhibition dans le muscle et entrave les muscles et le tissu conjonctif qui sont directement reliés à l'expression de la tristesse. Par exemple, les muscles du front, des yeux, du visage, du menton et des lèvres. L'enfant avale sa tristesse croyant ne pas avoir le droit de l'exprimer. Il avale une première fois puis 150 fois et là, se bâtit la cuirasse dans la répétition inconsciente de cette pensée inhibitrice qui a pris place dans sa psyché. Peu importe les deux modes d'inhibition de la cuirasse physique, la retenue de la vie est présente et c'est ce qui crée l'armure, la tension, la douleur et l'emprisonnement du corps dans certaines postures.

Les cuirasses dans le corps
Wilhem Reich, à mon avis le père de la psychanalyse corporelle, décrivait sept cuirasses de base. Selon sa vision, elles enveloppaient le corps tels des anneaux passant à travers les couches superficielles, moyennes et profondes, de l'extérieur vers l'intérieur et de la profondeur à la superficie. Ces anneaux ont pour effet de retenir le mouvement de la vie, l'onde de plaisir qui circule selon l'axe vertical de la colonne vertébrale. Voici les sept cuirasses reichiennes (cf référence).
  • La cuirasse oculaire qui comprend le front, les yeux, les glandes lacrymales et la région des os malaires et la glande pinéale.
  • La cuirasse orale qui comprend la musculature du menton, des lèvres, de la gorge et de l'occiput (os situé à la base du crâne) et l'hypothalamus.
  • La cuirasse du cou qui comprend les muscles profonds du cou et de la langue et les glandes thyroïdes.
  • La cuirasse thoracique qui comprend le thorax et ses muscles, les organes du thorax et le muscles bras et la glande thymus.
  • La cuirasse diaphragmatique qui comprend le diaphragme et ses organes (foie, rate, estomac, vésicule et le pancréas).
  • La cuirasse de l'abdomen qui comprend les muscles abdominaux, les muscles transverses et profonds du bassin, les organes internes et les viscères et les glandes surrénales.
  • La cuirasse pelvienne qui comprend les muscles du petit bassin, les organes génitaux, le périnée (muscle qui ferme le corps), les hanches, les jambes et les glandes gonades.
La cuirasse physique est directement reliée à une cuirasse affective, psychique. A chacun des anneaux cuirassés découverts par Wilhem Reich, correspondent des émotions et des attitudes mentales qui maintiennent la cuirasse corporelle en place. Pour ma part, j'ai découvert huit cuirasses physiques et affectives qui étouffent le coeur de notre corps et entravent notre liberté d'être.

Marie Lise Labonté
(1) ce qui différencie un individu d'un autre
(2) état d'impuissance

Bibliographie :
- Wilhem Reich, L'analyse caractérielle, Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1992 (dernière édition)
- Labonté Marie Lise, Au cœur de notre corps, Montréal, Les Éditions de l'Homme, 2000

Anatomie de la cuirasse physique
Au cœur de notre corps existe un noyau, un centre. Autour de ce noyau reposent plusieurs couches de tissu conjonctif qui sont tissées telle une toile d'araignée tout autour du centre. Ce tissu conjonctif qui est irrigué à la fois par des vaisseaux sanguins, par des terminaisons nerveuses, enveloppe nos organes internes, nos viscères, nos veines, nos artères, nos os et nos muscles. Il se promène partout à travers le corps telle une membrane, un "web*" reliant les différentes couches musculaires entre elles de la profondeur à la superficie. Il fait le lien non seulement entre les aponévroses des muscles et les os, mais entre les différentes couches osseuses ensemble. Ce tissu conjonctif porte le nom de fascia et il est tel un réseau de communication, allant du crâne jusqu'à la pointe des pieds. Il porte l'influx nerveux, la commande, la mémoire, le choc d'un traumatisme et l'information provenant de la psyché au corps. Lorsque nous vivons un traumatisme, notre système nerveux enregistre directement de la psyché le choc mental, affectif, émotionnel ou physique. Ce choc se propage à travers la chaîne des ganglions du système sympathique et parasympathique localisée le long de la colonne vertébrale et répand une onde de choc à travers le corps en entier. L'image qui facilite la compréhension de ce système est un caillou qui tombe dans l'eau calme d'un lac. Cette onde de choc crée la tension qui est à la base de la création de la cuirasse.
* toile d'araignée, terme utilisé pour désigner le réseau Internet.
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