Le dilemme énergétique du secteur de la pêche
Le 23 novembre 2007
Vu dans novethic.fr
Face à la flambée du prix du pétrole, et en réponse à la grève des marins-pêcheurs début novembre, le gouvernement a promis des aides financières au secteur de la pêche. Parmi les mesures, le ministère de l’agriculture et de la pêche propose une modernisation des navires pour réduire leur consommation de carburant. La flottille vieillissante est accusée d’être polluante et trop gourmande en fuel. Si aucune action nationale n’est encore en place, certains pêcheurs ont déjà quelques idées pour économiser l’énergie.
L’empreinte écologique d’un filet de cabillaud étant plutôt difficile à déterminer, les revendications des ONG se focalisent plutôt sur les risques de disparitions de certaines espèces, en particulier le thon rouge (voir encadré), liés à la surpêche et au dépassement des quotas. Mais un autre problème pèse dans la crise de la pêche : celui de la surcapacité des flottes. «L’image du bateau plein à ras bord de retour au port est bien erronée» confie Romain Chabrol, chargé de communication océan et forêt pour Greenpeace France. Les navires sont souvent vieux, et leur consommation énergétique élevée. Sans compter les émissions de gaz à effet de serre liés à l’ensemble de la filière, de la pêche à la vente, en passant par la transformation et le transport. Certains critiquent alors le gouvernement, qui use de subventions pour apaiser les colères, au lieu de redéfinir entièrement la politique du secteur.
Une flotte énergivore
Les informations sont donc rares sur le poids environnemental de la pêche, car le domaine est englobé dans le secteur agricole, rendant complexe la distinction entre les deux. Le CITEPA, centre de référence sur les émissions dans l’air, détaille pourtant les chiffres dans son rapport SECTEN 2007. Le secteur de la pêche émet 1200 kt de CO2 par an, soit 0,37% des émissions nationales en 2006. Il s’agit par ailleurs d’une diminution de près de 13% par rapport à 1990. Cependant, les navires, notamment les chalutiers de plus de 25 mètres de long, ont une consommation de pétrole conséquente : jusqu’à 200 litres de fuel par heure. Le kilo de poisson pêché aura ainsi nécessité 1,7 litre d’essence en moyenne, et jusqu’à 2,5 litres. Au prix de 0,56 euros le litre, la crise est inévitable : d’après les pêcheurs, au-delà de 30 centimes le litre, il est impossible de maintenir la rentabilité de leurs entreprises.
La solution de subventionner les marins-pêcheurs est-elle alors la plus judicieuse ? «On prend le problème par le mauvais bout» affirme Stephan Beaucher, de la campagne Océans de Greenpeace France. Comme beaucoup, il préconise de résoudre les causes du problème, plutôt que de compenser les conséquences. «Les bateaux de plus de 30 ans sont trop lourds donc gourmands en énergie, explique-t-il. Il faudrait au moins changer leurs moteurs, au mieux les remplacer». La Politique commune de pêche (PCP) interdit pourtant la construction de nouveaux navires. «La forme des bateaux anciens est inappropriée pour faire des économies d’énergies» insiste Séverine Farrugia, chargée de mission au Centre régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) de Bretagne.
Optimisation du matériel et énergies alternatives
Si les marins-pêcheurs bretons préfèreraient de nouveaux vaisseaux, ils n’ont pas attendu un plan national pour expérimenter des méthodes d’économie d’énergie. Deux chalutiers testent un moteur qui marche à l’huile tirée de la graisse de poulet, et plusieurs autres navires fonctionnent avec un mélange d’eau et de gazole. Mais ces initiatives restent ponctuelles, car difficiles à expérimenter. «Les volontaires n’ont pas réussi à faire assurer ces installations, donc ils prennent à leur charge les éventuels dommages du moteur» regrette Stephan Beaucher. D’autres idées émergent, des piles à combustibles aux voiles, en passant par de nombreuses énergies alternatives.
Diminuer le poids des embarcations, c’est également un moyen de réduire la consommation d’énergie. Les marins-pêcheurs bretons l’ont bien compris, et ont pris des initiatives individuelles dans ce sens. La majorité des changements visent à diminuer la résistance à l’eau des navires et à les alléger. Le CRPMEM de Bretagne a listé les différentes modifications apportées. «Deux tiers des marins ont déjà fait des aménagements, et la moitié sont satisfaits des économies réalisées» raconte Séverine Farrugia. Le but avoué n’est pas tant de proposer un plan régional, que de permettre aux méthodes efficaces de se faire connaitre. «En théorie, c’est une démarche accessible à tous, même si elle nécessite un investissement de près de 7000 euros», ajoute-t-elle.
Trop de subventions tuent la pêche
Les premiers engins visés par des projets d’adaptation restent les chalutiers. Avec le concours de l’ADEME et de l’Ifremer, et le financement de la région, le CRPMEM de Bretagne teste et évalue les techniques d’optimisation. Les premiers résultats rapportent des réductions de carburant de 7 à 13%. «Ce ne sont pas forcément de gros gains, mais on a encore beaucoup de choses à expérimenter» rassure Séverine Farrugia. Si la jeune femme affirme que les subventions encouragent les marins-pêcheurs à chercher des solutions alternatives, les voies s’élèvent contre un excès de financement. «Le secteur de la pêche n’existerait plus sans ces aides, affirme Stephan Beaucher. Si on retranche les subventions européennes, nationales, régionales et parfois même locales, le prix du poisson est très bas. Il faudrait redéfinir toute la politique de la pêche, pour sortir de cette dangereuse spirale des aides». C’est la Commission européenne, qui a avertit la France de l’incompatibilité des subventions avec la réglementation commune, qui tranchera.
Rouba Naaman novethic.fr
PAS DE PITIÉ POUR LE THON ROUGE
La Commission internationale de gestion des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) a tenu son assemblée annuelle le 18 novembre à Antalya en Turquie. Les décisions qui en découlent révoltent les ONG et associations écologistes. L’ICCAT a notamment décidé de maintenir le total autorisé de capture (TAC) de thon rouge en 2008, alors qu’il devait être réduit de 10%. Depuis plusieurs années, les scientifiques recommandent que ce quota soit divisé par deux, pour permettre aux générations de thon rouge de se renouveler.
Les Verts au Parlement européen parlent de «lâcheté de l’ICCAT, encouragée par l’attitude des Etats membres de l’Union européenne» dont le positionnement laxiste est critiqué. La France, l’Italie et l’Espagne notamment sont accusées de dépasser les quotas de pêche. Le Parlement européen avait adopté, jeudi 15 novembre, un plan de sauvetage du thon rouge, pour un contrôle plus strict de la pêche en Atlantique et Méditerranée.
Face à la flambée du prix du pétrole, et en réponse à la grève des marins-pêcheurs début novembre, le gouvernement a promis des aides financières au secteur de la pêche. Parmi les mesures, le ministère de l’agriculture et de la pêche propose une modernisation des navires pour réduire leur consommation de carburant. La flottille vieillissante est accusée d’être polluante et trop gourmande en fuel. Si aucune action nationale n’est encore en place, certains pêcheurs ont déjà quelques idées pour économiser l’énergie.
L’empreinte écologique d’un filet de cabillaud étant plutôt difficile à déterminer, les revendications des ONG se focalisent plutôt sur les risques de disparitions de certaines espèces, en particulier le thon rouge (voir encadré), liés à la surpêche et au dépassement des quotas. Mais un autre problème pèse dans la crise de la pêche : celui de la surcapacité des flottes. «L’image du bateau plein à ras bord de retour au port est bien erronée» confie Romain Chabrol, chargé de communication océan et forêt pour Greenpeace France. Les navires sont souvent vieux, et leur consommation énergétique élevée. Sans compter les émissions de gaz à effet de serre liés à l’ensemble de la filière, de la pêche à la vente, en passant par la transformation et le transport. Certains critiquent alors le gouvernement, qui use de subventions pour apaiser les colères, au lieu de redéfinir entièrement la politique du secteur.
Une flotte énergivore
Les informations sont donc rares sur le poids environnemental de la pêche, car le domaine est englobé dans le secteur agricole, rendant complexe la distinction entre les deux. Le CITEPA, centre de référence sur les émissions dans l’air, détaille pourtant les chiffres dans son rapport SECTEN 2007. Le secteur de la pêche émet 1200 kt de CO2 par an, soit 0,37% des émissions nationales en 2006. Il s’agit par ailleurs d’une diminution de près de 13% par rapport à 1990. Cependant, les navires, notamment les chalutiers de plus de 25 mètres de long, ont une consommation de pétrole conséquente : jusqu’à 200 litres de fuel par heure. Le kilo de poisson pêché aura ainsi nécessité 1,7 litre d’essence en moyenne, et jusqu’à 2,5 litres. Au prix de 0,56 euros le litre, la crise est inévitable : d’après les pêcheurs, au-delà de 30 centimes le litre, il est impossible de maintenir la rentabilité de leurs entreprises.
La solution de subventionner les marins-pêcheurs est-elle alors la plus judicieuse ? «On prend le problème par le mauvais bout» affirme Stephan Beaucher, de la campagne Océans de Greenpeace France. Comme beaucoup, il préconise de résoudre les causes du problème, plutôt que de compenser les conséquences. «Les bateaux de plus de 30 ans sont trop lourds donc gourmands en énergie, explique-t-il. Il faudrait au moins changer leurs moteurs, au mieux les remplacer». La Politique commune de pêche (PCP) interdit pourtant la construction de nouveaux navires. «La forme des bateaux anciens est inappropriée pour faire des économies d’énergies» insiste Séverine Farrugia, chargée de mission au Centre régional des pêches maritimes et des élevages marins (CRPMEM) de Bretagne.
Optimisation du matériel et énergies alternatives
Si les marins-pêcheurs bretons préfèreraient de nouveaux vaisseaux, ils n’ont pas attendu un plan national pour expérimenter des méthodes d’économie d’énergie. Deux chalutiers testent un moteur qui marche à l’huile tirée de la graisse de poulet, et plusieurs autres navires fonctionnent avec un mélange d’eau et de gazole. Mais ces initiatives restent ponctuelles, car difficiles à expérimenter. «Les volontaires n’ont pas réussi à faire assurer ces installations, donc ils prennent à leur charge les éventuels dommages du moteur» regrette Stephan Beaucher. D’autres idées émergent, des piles à combustibles aux voiles, en passant par de nombreuses énergies alternatives.
Diminuer le poids des embarcations, c’est également un moyen de réduire la consommation d’énergie. Les marins-pêcheurs bretons l’ont bien compris, et ont pris des initiatives individuelles dans ce sens. La majorité des changements visent à diminuer la résistance à l’eau des navires et à les alléger. Le CRPMEM de Bretagne a listé les différentes modifications apportées. «Deux tiers des marins ont déjà fait des aménagements, et la moitié sont satisfaits des économies réalisées» raconte Séverine Farrugia. Le but avoué n’est pas tant de proposer un plan régional, que de permettre aux méthodes efficaces de se faire connaitre. «En théorie, c’est une démarche accessible à tous, même si elle nécessite un investissement de près de 7000 euros», ajoute-t-elle.
Trop de subventions tuent la pêche
Les premiers engins visés par des projets d’adaptation restent les chalutiers. Avec le concours de l’ADEME et de l’Ifremer, et le financement de la région, le CRPMEM de Bretagne teste et évalue les techniques d’optimisation. Les premiers résultats rapportent des réductions de carburant de 7 à 13%. «Ce ne sont pas forcément de gros gains, mais on a encore beaucoup de choses à expérimenter» rassure Séverine Farrugia. Si la jeune femme affirme que les subventions encouragent les marins-pêcheurs à chercher des solutions alternatives, les voies s’élèvent contre un excès de financement. «Le secteur de la pêche n’existerait plus sans ces aides, affirme Stephan Beaucher. Si on retranche les subventions européennes, nationales, régionales et parfois même locales, le prix du poisson est très bas. Il faudrait redéfinir toute la politique de la pêche, pour sortir de cette dangereuse spirale des aides». C’est la Commission européenne, qui a avertit la France de l’incompatibilité des subventions avec la réglementation commune, qui tranchera.
Rouba Naaman novethic.fr
PAS DE PITIÉ POUR LE THON ROUGE
La Commission internationale de gestion des thonidés de l’Atlantique (ICCAT) a tenu son assemblée annuelle le 18 novembre à Antalya en Turquie. Les décisions qui en découlent révoltent les ONG et associations écologistes. L’ICCAT a notamment décidé de maintenir le total autorisé de capture (TAC) de thon rouge en 2008, alors qu’il devait être réduit de 10%. Depuis plusieurs années, les scientifiques recommandent que ce quota soit divisé par deux, pour permettre aux générations de thon rouge de se renouveler.
Les Verts au Parlement européen parlent de «lâcheté de l’ICCAT, encouragée par l’attitude des Etats membres de l’Union européenne» dont le positionnement laxiste est critiqué. La France, l’Italie et l’Espagne notamment sont accusées de dépasser les quotas de pêche. Le Parlement européen avait adopté, jeudi 15 novembre, un plan de sauvetage du thon rouge, pour un contrôle plus strict de la pêche en Atlantique et Méditerranée.


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