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La communauté internationale face à l’urgence climatique
Le 05 décembre 2007
Vu dans novethic.fr

Alors que le Protocole de Kyoto arrive à échéance en 2012, les négociations sur le « post Kyoto » sont au cœur du sommet de Bali qui se déroule du 3 au 14 décembre. Les engagements des Etats-Unis et des grands pays émergents seront décisifs pour répondre à l’urgence climatique.

En augmentation constante, les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent être divisées par deux d’ici 2050, selon les recommandations des experts du GIEC. Pour les pays industrialisés, l’objectif serait de les réduire de 80 %. C’est dans ce contexte que s’ouvre à Bali la conférence des Nations Unies sur le climat, dont l’enjeu central est de parvenir à un accord prenant le relai du Protocole de Kyoto, dont l’échéance arrive en 2012. La communauté internationale doit donc, impérativement, avoir trouvé un compromis d’ici 2009, compte-tenu des délais de mise en œuvre. Si l’Europe affirme qu’elle sera en mesure de respecter ses engagements d’ici là (-8 %), et annonce être prête à s’engager ensuite dans une réduction de 30 % d’ici 2020, la position des Etats-Unis et des grands pays émergents constitue bel et bien la clé de ces négociations. De fait, trouver un accord mondial de réduction pour 2012 et un calendrier de mise en œuvre n’ira pas de soi. Le président brésilien Lula a ainsi déclaré à la veille du sommet vouloir que «des objectifs pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre soient fixés pour les pays industrialisés mais pas pour les pays émergents». Selon lui, la politique brésilienne de réduction de la déforestation a fait considérablement baisser les émissions de GES du pays, et ceci «sans politique contraignante internationale». De même, les Etats-Unis ont toujours affirmé qu’ils n’accepteraient aucun objectif contraignant si les pays émergents (Inde, Chine, Brésil) ne faisaient pas de même. Un conflit s’annonce en outre entre les délégations de l’Etat fédéral américain et celles venant de certains Etats fédérés qui non seulement exigent une réglementation climatique mais sont déjà, pour certains, en négociation avec l’Union européenne sur la création d’un marché carbone «fongible» avec le marché européen constituant une première étape vers un marché mondial des émissions de carbone.

Trouver un moyen d’inclure les pays du Sud dans un système post-Kyoto fera également partie des négociations, même s’ils ne peuvent, pour des raisons d'équité, être soumis aux mêmes obligations que les pays industrialisés. Enfin, la position de l’Australie, jusqu’ici hostile à tout objectif contraignant et proche de la ligne du président américain, constituera également un enjeu pour l’issue du sommet. La nouvelle majorité travailliste, qui vient en effet de ratifier Kyoto, pourrait faire bouger les positions américaines.
Enfin, parallèlement aux négociations politiques et économiques vient depuis peu s’ajouter un enjeu complexe : la création d’un mécanisme de compensation des émissions de CO2 évitées par les politiques de lutte contre la déforestation.18 à 20 % des émissions mondiales de GES proviennent en effet de la déforestation et un consensus semble se dessiner sur la nécessité de compenser, financièrement, les politiques permettant de la réduire. Mais les modalités de mise en œuvre posent non seulement de nombreux problèmes techniques, mais également de gouvernance.

Les limites du MDP
A quelques jours de l’ouverture des négociations de Bali, les ONG (RAC, Greenpeace, Amis de la Terre, Sortir du nucléaire) saluent la prise de conscience et les engagements contraignants induits par le Protocole, mais soulignent aussi ses failles. Outre que l’objectif des 5% de réduction, au niveau mondial, semble aujourd’hui presque dérisoire, les secteurs pourtant très émetteurs de GES comme l’aviation et le transport maritime n’ont pas été inclus dans le protocole et continuent à échapper aux politiques de réduction. Autre faille : le recours aux mécanismes de flexibilité, envisagés au départ comme des solutions complémentaires des politiques de réduction fixées par les Etats, ont été dévoyés de ce principe pour devenir de véritables «échappatoires» aux politiques de réduction. Parmi ces mécanismes de flexibilité, le Mécanisme de développement propre (qui consiste pour les pays du Nord, à financer un projet « vert » dans un pays en développement en échange de quotas), montre ses limites. Il doit en principe «contribuer au développement durable de ces pays, via un transfert de technologies propres, ce qui n’est pas le cas actuellement, souligne Morgan Cleach du RAC. Les projets du MDP sont par ailleurs inégalement répartis, puisque la Chine et l’Inde sont à eux seuls les principaux bénéficiaires. L’Afrique compte moins de 3% de ces projets». Enfin, la qualité écologique de ces projets est elle-même contestée. «Sur 763 projets enregistrés, environ 25% concernent les énergies renouvelables, et un peu plus de 1% l’efficacité énergétique», souligne le RAC.

«Apartheid climatique»
Le «principe d’adaptation» des pays en développement aux changements climatiques montre également ses limites. Les deux fonds prévus pour les y aider totalisent 220 millions de dollars, selon les chiffres du PNUD. Un montant dérisoire selon les experts des Nations Unies, qui dans un rapport (1) demandent aux gouvernements 86 milliards de dollars pour l’adaptation en 2016. Bien que la responsabilité des pays industrialisés dans le réchauffement climatique soit officiellement établie, ils n’ont pas rempli les engagements que cela implique. Aide financière et transfert de technologie propre vers les pays du Sud sont bien inscrits dans la Convention Climat du protocole, mais le fonds pour l’adaptation n’est toujours pas opérationnel, faute de compromis entre pays du Nord et du Sud sur sa gouvernance. Aucun programme financé par ce biais n’a donc pu voir le jour, alors que le fonds pourrait permettre de débloquer environs 700 millions de dollars.
Le prix Nobel de la paix Desmond Tutu, archevêque émérite du Cap (Afrique du Sud), évoque à ce sujet l’ «apartheid climatique» qui est en train de s’instituer entre pays riches et pauvres. Cité dans le rapport du PNUD, il souligne que "l'adaptation devient un euphémisme pour l'injustice sociale à l'échelle mondiale. Alors que les citoyens du monde riche sont protégés des dommages, les populations pauvres, vulnérables et affamées, doivent faire face à la dure réalité des changements climatiques dans leur vie quotidienne. (...) Nous nous dirigeons vers un monde caractérisé par un apartheid en matière d'adaptation." Le rapport du PNUD estime également que "les pays riches investissent des sommes considérables dans les systèmes de défense contre les changements climatiques. A l'inverse, dans les pays en développement, les pauvres du monde sont abandonnés à leur sort, avec leurs maigres ressources".
Véronique Smée novethic.fr

(1) Le changement climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé
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