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Bali : adoption d'un calendrier sans objectifs chiffrés
Le 12 décembre 2007
Vu dans novethic.fr

Prolongée d'une journée faute de consensus, la conférence sur le climat est parvenue à établir une feuille de route pour les prochaines négociations sur les réductions mondiales des émissions de gaz à effet de serre. Aucun objectif chiffré ne figure cependant dans cet accord suite aux pressions des Etats-Unis.

C'est finalement samedi après-midi, heure locale, que la communauté internationale a pu s'entendre sur un accord permettant d'entamer les négociations sur l'après Kyoto, "dès que possible et pas plus tard qu'avril 2008", stipule le texte. Ces négociations devront aboutir à un accord mondial en 2009. La conférence de Bali s'est achevée dans une atmosphère de tensions allant jusqu'à faire "craquer" Yvo de Boer,responsable de la lutte contre le changement climatique à l'ONU. Les Etats-Unis ont effet multiplié les suspensions de séance, refusant tout engagement chiffré. Conséquence de ce blocage, des éléments fondamentaux ne figurent pas dans l'accord final : l'objectif de maintenir l'augmentation globale des températures en dessous de 2°C d'ici la fin du siècle ; la réduction par deux des émissions mondiales de gaz à effet de serre d'ici à 2050 et l'engagement des pays industrialisés de réduire de 25 à 40 % leur émissions d'ici à 2020, par rapport aux niveaux de 1990 . "Le consensus scientifique est réduit à une note de bas de page, qui renvoie à un tableau où chaque pays peut opter le scénario qui lui convient, déclare Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. La feuille de route dessinée à Bali prend le risque du + 3°C, du bouleversement irréversible des écosystèmes, de centaines de millions de réfugiés climatiques."

Avancées du G77
En réaction au blocage américain, les pays du G77, emmenés par l'Inde et la Chine, ont multiplié les incidents et réclamé davantage de soutien financier et technologique pour engager des "actions" de réduction de leurs émissions. La demande a été soutenue par l'Union européenne, voulant faire preuve "d'esprit de compromis". Outre l'adoption d'une feuille de route, Bali a permis d'inclure pour la première fois, les Etats-Unis, la Chine et l'Inde dans le prochain accord mondial. En France, les ONG telles que Greenpeace, Réseau Action Climat et FNH soulignent les progès considérables effectués par les 150 États membres du G 77, en particulier la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud. "Ces pays ont manifesté une volonté d'agir contre les changements climatiques, déclare Benoît Faraco, de FNH. Leur ténacité et le soutien affiché in extremis par l'Union européenne ont eu raison d'Américains obnubilés par leurs seuls intérêts."

"Bali a enregistré quelques avancées importantes mais a échoué sur l'essentiel : trouver un accord commun comprenant des objectifs chiffrés. Si on a évité le pire, beaucoup de travail reste à faire jusqu'à la Conférence de Copenhague, fin 2009"
, conclut Morgane Créach du Réseau Action Climat-France.

Adaptation et déforestation
Parmi les avancées de Bali, deux grands chantiers semblent démarrer. Pour l’adaptation des pays pauvres aux modifications du climat, des financements pourraient être débloqués grâce à l’activation du fonds prévu par le protocole de Kyoto, destiné à les aider à faire face aux conséquences économiques et sociales des changements climatiques. Leurs montants restent largement en deçà des besoins, puisque selon un rapport du PNUD, les pays développés devraient accroître leur effort à hauteur de 86 milliards de dollars d’ici 2016, aujourd’hui les sommes prévues s’élèvent à 220 millions.
Deuxième axe : la création d’un mécanisme de compensation des émissions de CO2 évitées par les politiques de lutte contre la déforestation. 18 à 20 % des émissions mondiales de GES proviennent de la déforestation et un consensus semble se dessiner sur la nécessité de compenser, financièrement, les politiques permettant de la réduire. Le marché potentiel de ces crédits carbone atteindrait ainsi entre 2,3 et 23 milliards de dollars par an, selon le Centre international de recherche forestière (Cifor).Toutefois, les modalités de mise en œuvre posent non seulement de nombreux problèmes techniques, mais également de gouvernance. Les risques de «triche» sont évoqués, qui consisterait à recevoir de l'argent pour une zone non coupée tout en défrichant ailleurs. Par ailleurs, dans beaucoup de forêts du monde, les titres de propriété ne sont pas clairement établis et ne permettent pas de définir précisément qui doit être rémunéré. Enfin, ces forêts étant également peuplées de communautés indigènes qui en dépendent pour vivre, quelle sera leur place dans ce processus de rémunération ? Plusieurs représentants de peuples autochtones rejettent l’idée d’un tel mécanisme, qui les priverait selon eux de leurs droits. Pour l’heure, des projets pilote pourraient être mis en place afin d’expérimenter ce nouveau système de compensation carbone. La Banque mondiale a d’ores et déjà annoncé le lancement d’un «Fonds de partenariat pour le carbone forestier» (FCPF) visant à compenser financièrement la déforestation évitée. Sept pays développés ont promis d’y contribuer pour un montant total de 155 millions de dollars : l'Allemagne (59 millions), le Royaume-Uni (30 millions), les Pays-Bas (22 millions), l'Australie et le Japon (10 millions chacun), la France et la Suisse (7 millions chacune), le Danemark et la Finlande (5 millions chacun).
Véronique Smée novethic.fr
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