Les pesticides posent toujours question
Le 10 avril 2008
Vu dans novethic.fr
La "Semaine anti-pesticides" vient de s’achever. Elle aura été marquée par une étude mettant en évidence des résidus de pesticides dans du vin, qui a suscité la colère des viticulteurs français. Pris entre "pro" et "anti", le débat semble toujours faire l'impasse sur le principe de précaution.
Conférences, débats publics, films, initiation au jardin biologique, la troisième édition de la semaine sans pesticides s'est achevée le 30 mars. A l'initiative de l'Action citoyenne pour une alternative aux pesticides (ACAP) qui rassemble ONG environnementales et tenants de l'agriculture biologique, ce sont plusieurs centaines de manifestations qui ont eu lieu en France pour sensibiliser la population aux différentes alternatives à l'usage des pesticides.
Une initiative qui fait rappeler à Jean-Charles Bocquet, directeur de l'Union des Industries de la Protection des Plantes (l'UIPP qui rassemble fabricants et distributeurs de pesticides), dans un éditorial disponible en ligne, que : "En Europe, le XXème siècle a été le premier siècle sans famine, grâce à une augmentation de la production agricole à laquelle la protection des plantes a contribué." Pourtant, l'an dernier, un rapport de la FAO concluait à la possibilité de nourrir la population mondiale grâce à l'agriculture biologique.
Des pesticides dans le vin
Non seulement la question de l'utilisation des pesticides pour mettre fin à la famine est sujette à discussion, mais surtout elle n'écarte pas les risques liés aux produits phytosanitaires tant pour les utilisateurs qui les pulvérisent que pour les consommateurs qui en ingèrent les résidus présents dans les aliments. Ainsi les associations membres du Pesticids Action Network-Europe ont publié un rapport démontrant la présence de résidus de pesticides dans du vin issu de l'agriculture conventionnelle. 40 bouteilles de vin rouge ont été analysées, en provenance de France, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, du Portugal, d’Afrique du sud, d’Australie et du Chili. 34 étaient issues de l’agriculture conventionnelle et 6 de l’agriculture biologique.
100% du vin conventionnel présentait des traces de pesticides sans pour autant dépasser les limites maximales autorisées pour le raisin. Récusant l'objectivité de ce test portant seulement sur 40 bouteilles, Pekka PESONEN, Secrétaire général du COPA-COGECA, qui représente les agriculteurs et viticulteurs européens, a même jugé que "L’alerte déclenchée par ce rapport ne fera qu’éveiller des craintes chez les consommateurs. Il est totalement injustifié, inapproprié et irresponsable." De son côté François Veillerette, Président du MDRGF* et administrateur du réseau PAN-Europe a déclaré : "L’étude (…) montre que l’utilisation très intensive de pesticides en viticulture - 20% des pesticides utilisés sur 3% de la surface agricole - a comme conséquence la présence systématique de nombreux résidus dans les vins. Il est grand temps, conformément aux décisions du Grenelle, que la viticulture réduise sa consommation de pesticides pour réduire l’exposition des consommateurs en privilégiant les techniques alternatives aux pesticides."
De plus en plus d'études confirment la dangerosité des pesticides
Outre le danger présumé pour la santé des consommateurs, l'usage des pesticides a souvent été dénoncé pour les risques probables ou possibles qu'il fait encourir aux agriculteurs les utilisant notamment les viticulteurs. Il est reconnu que de nombreuses molécules présentes dans les pesticides sont des cancérigènes possibles ou probables, des toxiques du développement ou de la reproduction, des perturbateurs endocriniens ou encore des neurotoxiques. En outre, deux études récentes, l'une française l'autre danoise témoignent de l'impact indirect des pesticides dont les conséquences s'expriment sur les enfants de femmes ayant été exposées aux produits phytosanitaires durant leur grossesse.
L'étude danoise, conduite par Helle R. Andersen de l'Institut de Santé Publique, University of Southern Denmark, a étudié le développement des fonctions reproductrices des garçons de plus de 110 paires mères/fils, selon que les mères avaient travaillé ou non dans des serres pendant leur grossesse. A l’âge de trois mois ont été mesurés la position et le volume des testicules, la longueur du pénis, la position de l’urètre ainsi que la concentration sérique des hormones sexuelles.
Cette étude conclue que les garçons dont les mères travaillaient dans des serres où on a utilisé des pesticides durant leur grossesse ont un développement des fonctions reproductrices perturbé. Des resultats qui vont dans le même sens que ceux observés de Charles Sultan de l'université de Montpellier au début des années 2000. L'équipe de chercheurs français, dirigée par Jérémie Rudant de l'Inserm, a montré quant à elle, que l'utilisation par des femmes enceintes d'insecticides ménagers engendre un doublement du risque pour l'enfant à venir de développer une leucémie ou un lymphôme.
Fin octobre 2007, le Parlement européen votait une un règlement sur l’autorisation de mise sur le marché des substances et une directive portant sur l’utilisation de ces produits. Le principe de précaution y était inscrit en préalable à toute décision. La situation telle qu'elle se dessine aujourd'hui semble démontrer qu'on est encore loin d'une réelle prise en compte de ce principe. En France à l'issue du Grenelle de l'environnement, les ONG se sont félicitées de l’annonce du retrait du marché de 30 substances actives pesticides et de la volonté de réduire de 50% les usages de pesticides. Elles notent néanmoins que sur les 30 substances 20 étaient amenées à disparaître suite à la modification d'une directive européenne. Reste aujourd'hui à attendre que le plan Ecophyto 2018, discuté dans le cadre d'un comité opérationnel faisant suite au Grenelle, voie le jour.
* Le Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF) est l'ONG coordinatrice de la Semaine sans pesticides
Christophe Brunella novethic.fr
La "Semaine anti-pesticides" vient de s’achever. Elle aura été marquée par une étude mettant en évidence des résidus de pesticides dans du vin, qui a suscité la colère des viticulteurs français. Pris entre "pro" et "anti", le débat semble toujours faire l'impasse sur le principe de précaution.
Conférences, débats publics, films, initiation au jardin biologique, la troisième édition de la semaine sans pesticides s'est achevée le 30 mars. A l'initiative de l'Action citoyenne pour une alternative aux pesticides (ACAP) qui rassemble ONG environnementales et tenants de l'agriculture biologique, ce sont plusieurs centaines de manifestations qui ont eu lieu en France pour sensibiliser la population aux différentes alternatives à l'usage des pesticides.
Une initiative qui fait rappeler à Jean-Charles Bocquet, directeur de l'Union des Industries de la Protection des Plantes (l'UIPP qui rassemble fabricants et distributeurs de pesticides), dans un éditorial disponible en ligne, que : "En Europe, le XXème siècle a été le premier siècle sans famine, grâce à une augmentation de la production agricole à laquelle la protection des plantes a contribué." Pourtant, l'an dernier, un rapport de la FAO concluait à la possibilité de nourrir la population mondiale grâce à l'agriculture biologique.
Des pesticides dans le vin
Non seulement la question de l'utilisation des pesticides pour mettre fin à la famine est sujette à discussion, mais surtout elle n'écarte pas les risques liés aux produits phytosanitaires tant pour les utilisateurs qui les pulvérisent que pour les consommateurs qui en ingèrent les résidus présents dans les aliments. Ainsi les associations membres du Pesticids Action Network-Europe ont publié un rapport démontrant la présence de résidus de pesticides dans du vin issu de l'agriculture conventionnelle. 40 bouteilles de vin rouge ont été analysées, en provenance de France, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, du Portugal, d’Afrique du sud, d’Australie et du Chili. 34 étaient issues de l’agriculture conventionnelle et 6 de l’agriculture biologique.
100% du vin conventionnel présentait des traces de pesticides sans pour autant dépasser les limites maximales autorisées pour le raisin. Récusant l'objectivité de ce test portant seulement sur 40 bouteilles, Pekka PESONEN, Secrétaire général du COPA-COGECA, qui représente les agriculteurs et viticulteurs européens, a même jugé que "L’alerte déclenchée par ce rapport ne fera qu’éveiller des craintes chez les consommateurs. Il est totalement injustifié, inapproprié et irresponsable." De son côté François Veillerette, Président du MDRGF* et administrateur du réseau PAN-Europe a déclaré : "L’étude (…) montre que l’utilisation très intensive de pesticides en viticulture - 20% des pesticides utilisés sur 3% de la surface agricole - a comme conséquence la présence systématique de nombreux résidus dans les vins. Il est grand temps, conformément aux décisions du Grenelle, que la viticulture réduise sa consommation de pesticides pour réduire l’exposition des consommateurs en privilégiant les techniques alternatives aux pesticides."
De plus en plus d'études confirment la dangerosité des pesticides
Outre le danger présumé pour la santé des consommateurs, l'usage des pesticides a souvent été dénoncé pour les risques probables ou possibles qu'il fait encourir aux agriculteurs les utilisant notamment les viticulteurs. Il est reconnu que de nombreuses molécules présentes dans les pesticides sont des cancérigènes possibles ou probables, des toxiques du développement ou de la reproduction, des perturbateurs endocriniens ou encore des neurotoxiques. En outre, deux études récentes, l'une française l'autre danoise témoignent de l'impact indirect des pesticides dont les conséquences s'expriment sur les enfants de femmes ayant été exposées aux produits phytosanitaires durant leur grossesse.
L'étude danoise, conduite par Helle R. Andersen de l'Institut de Santé Publique, University of Southern Denmark, a étudié le développement des fonctions reproductrices des garçons de plus de 110 paires mères/fils, selon que les mères avaient travaillé ou non dans des serres pendant leur grossesse. A l’âge de trois mois ont été mesurés la position et le volume des testicules, la longueur du pénis, la position de l’urètre ainsi que la concentration sérique des hormones sexuelles.
Cette étude conclue que les garçons dont les mères travaillaient dans des serres où on a utilisé des pesticides durant leur grossesse ont un développement des fonctions reproductrices perturbé. Des resultats qui vont dans le même sens que ceux observés de Charles Sultan de l'université de Montpellier au début des années 2000. L'équipe de chercheurs français, dirigée par Jérémie Rudant de l'Inserm, a montré quant à elle, que l'utilisation par des femmes enceintes d'insecticides ménagers engendre un doublement du risque pour l'enfant à venir de développer une leucémie ou un lymphôme.
Fin octobre 2007, le Parlement européen votait une un règlement sur l’autorisation de mise sur le marché des substances et une directive portant sur l’utilisation de ces produits. Le principe de précaution y était inscrit en préalable à toute décision. La situation telle qu'elle se dessine aujourd'hui semble démontrer qu'on est encore loin d'une réelle prise en compte de ce principe. En France à l'issue du Grenelle de l'environnement, les ONG se sont félicitées de l’annonce du retrait du marché de 30 substances actives pesticides et de la volonté de réduire de 50% les usages de pesticides. Elles notent néanmoins que sur les 30 substances 20 étaient amenées à disparaître suite à la modification d'une directive européenne. Reste aujourd'hui à attendre que le plan Ecophyto 2018, discuté dans le cadre d'un comité opérationnel faisant suite au Grenelle, voie le jour.
* Le Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures (MDRGF) est l'ONG coordinatrice de la Semaine sans pesticides
Christophe Brunella novethic.fr


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