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La surveillance de la radioactivité défaillante ?
Le 28 janvier 2009
Vu dans novethic.fr

L’Autorité de sureté nucléaire (ASN) a décidé de suspendre les agréments des laboratoires d’EDF chargés de la surveillance de l’environnement proche des centrales nucléaires. Cette décision, relayée par le réseau Sortir du nucléaire, a soulevé une polémique sur la responsabilité des exploitants et des pouvoirs publics en la matière.

La nouvelle a fait l’effet d’un pavé dans la mare. Le 12 janvier dernier, le réseau Sortir du nucléaire annonçait un «scandale de très grande ampleur dans le nucléaire français» : l’ASN a suspendu le 16 décembre 2008 les agréments des laboratoires d’EDF chargés de la surveillance de l’environnement de chacune des vingt centrales nucléaires françaises. Leur méthodologie pour mesurer les éléments radioactifs aux alentours des centrales ne satisfaisant pas le «gendarme» français du nucléaire, celui-ci a donc signifié aux laboratoires concernés qu’ils n’étaient plus agrées pour les mesures de tritium et de radioactivité bêta dans l′eau et dans l′air. Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau anti-nucléaire, regrette que l’autorité n’ait pas davantage communiqué sur cette décision. «Pour une fois, même L’ASN, qui a souvent été prise en flagrant délit de complaisance envers les exploitants, réalise que les procédures des laboratoires sont mauvaises ! Mais pour trouver l’info sur leur site, il fallait le vouloir...» Il s’inquiète également de savoir qui prendra le relai d’EDF pour assurer des mesures efficaces : «théoriquement, ce sont des laboratoires agrées qui doivent faire le travail. Mais en existent-ils ? Et puis, c’est un job à plein temps : comment déléguer une d’équipe aussi vite, et pour chaque centrale ?» Le réseau a donc envoyé dans la foulée une lettre ouverte à Jean-Louis Borloo, le sommant de réagir publiquement.
Des laboratoires agréés par l’ASN, il en existe à ce jour 39. D’origines institutionnelle, universitaire, privée, associative ou encore étrangère, ils réalisent régulièrement des mesures aux environs des installations nucléaires, selon une méthodologie basée sur des critères internationaux. La surveillance des éléments radioactifs devrait donc être maintenue de manière efficace dans les semaines qui viennent.

"EDF n′est pas remis en cause"
De son côté, l’ASN a réagit dès le 13 janvier, publiant en Une de son site Internet une lettre d’information expliquant sa décision. Julien Collet, directeur de l’environnement, rappelle que ce nouveau système d’agrémentation, en construction depuis 2002, sert avant tout à «améliorer la surveillance de l’environnement.» Effectif depuis le 1er janvier 2009, il impose à tous les laboratoires de surveillance de l’environnement d’être agréés par l’autorité, une fois leur dossier approuvé par la commission pluraliste crée pour l’occasion. Cette dernière avait justement rendu un avis négatif sur la méthodologie d’EDF, constatant une erreur de près de 15 % aux tests d’inter-comparaison (chaque laboratoire candidat à l’agrément reçoit un échantillon à analyser, le renvoie à l’ASN, qui en connaît les mesures et peut ainsi vérifier la validité des résultats). Julien Collet précise par ailleurs que cette erreur était retombée 4% au 1er janvier, et devrait être nulle le 1er février, de sorte qu’EDF retrouve ses agréments à cette date. Il explique d’ailleurs la discrétion de l’ASN sur le sujet par le fait que l’autorité «ne remet en cause ni la compétence ni la capacité d’EDF à détecter une radioactivité anormale.» Aujourd’hui, les laboratoires de l’opérateur continuent de fonctionner et «remplissent leur mission.»

Surveillance de la radioactivité : une responsabilité partagée
Cette affaire soulève par ailleurs la question de la responsabilité en matière de surveillance de la radioactivité dans l’environnement. Forcément, la teneur en éléments radioactifs dans l’environnement proche des centrales est intrinsèquement liée aux rejets de ces dernières ; ce qui explique que les mesures soient faites par les exploitants. Ils «auto-évaluent» donc les conséquences de leur activité. Cependant, c’est bien à l’Institut national de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) d’assurer une veille permanente des niveaux ambiants de radioactivité dans différents milieux (air, eau, sol, aliments). Les prélèvements effectués sont analysés par les laboratoires accrédités de l’institut, et les données sont automatiquement transmises vers une infrastructure informatique centralisée (la salle du Vésinet). Stockées et mises en consultation, elles s’ajoutent ainsi aux résultats publiés par les exploitants, et offrent un aperçu global des niveaux de radioactivités de l’hexagone.
Par ailleurs, le Réseau national de mesures de la radioactivité de l’environnement, crée en novembre 2007 et réunissant principalement les deux institutions publiques ASN et IRSN, vient d’annoncer le 15 janvier dernier son «démarrage officiel de la collecte des mesures de radioactivité de l′environnement», plateforme de stockage des données disponibles, issues de laboratoires agrémentés. De quoi rassurer quant à la pertinence des informations relatives à la radioactivité environnementale.
Anne Farthouat novethic.fr
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