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La construction du deuxième EPR est confirmée
Le 05 février 2009
Vu dans novethic.fr

Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi 29 janvier sa décision de faire construire une deuxième centrale nucléaire EPR, à Penly en Seine-Maritime. Très bien accueilli par les acteurs politiques et économiques de la région, le projet est loin d’enchanter les associations écologistes, qui y voient un renoncement des engagements du Grenelle de l’environnement.

Depuis plusieurs mois, le débat sur la création d’un second réacteur EPR (Réacteur européen pressurisé) en France avait court. C’est pourtant sans concertation que le président de la République Nicolas Sarkozy a définitivement confirmé jeudi 29 janvier la construction d’un nouvel EPR. Le chantier de Penly (Seine-Maritime) a été confié à EDF, associé à GDF Suez. Selon le communiqué de l’Elysée, «d’autres partenaires désireux de partager l’investissement et l’approvisionnement électrique seront invités à y participer». La construction doit débuter en 2012 et le raccordement réseau être opérationnel en 2017.
La présidence de la République sous-entend également la création à terme d’une troisième centrale, dont l’exploitation serait réservé à GDF Suez. De quoi finir d’énerver les anti-nucléaire, dont les réactions ont été rapides et déterminées. Le réseau Sortir du nucléaire a d’ores et déjà annoncé une réunion ce week-end à La Rochelle, afin d’«organiser la résistance citoyenne» contre le nouvel EPR. La fédération d’associations a affirmé que ce projet «détournerait la France de son engagement de 20% d’énergies renouvelables en 2020» et prévoit même d’attaquer en justice les autorisations de construction de l’EPR.

Une décision incohérente avec les conclusion du Grenelle
Pour les Verts, Nicolas Sarkozy «bafoue le Grenelle de l’environnement» dont les conclusions prévoient une réduction de la consommation d’énergie et un développement des énergies renouvelables. En octobre 2007, le président avait même confirmé sa volonté d’améliorer l’efficacité énergétique du pays de 20% d’ici 2020, et de passer à 95% d’énergie électrique non émettrice de carbone. Sans sous-entendre pour autant une réduction de la part de l’énergie nucléaire, qu’il considère comme “propre” au sens qu’elle n’émet pas de CO2.
Greenpeace France dénonce, quant à lui, le manque de transparence de cette décision «indigne de la France de l’après-Grenelle» et destinée à «satisfaire quelques lobbies». Avec la même verve, Agir pour l’environnement regrette que «le Chef de l’Etat […] donne une fois encore des gages au lobby nucléaire» au détriment des engagements écologiques français. Tous s’insurgent contre les dépenses prévues pour la construction de l’EPR de Penly, alors que la question de l’intérêt d’une nouvelle centrale se pose encore.

Débat sur l’utilité d’un deuxième EPR
«Que va-t-on faire de toute cette surproduction d’électricité ?» demande Greenpeace. Malgré la déclaration du P-DG de GDF Suez, Gérard Mestrallet, qui soutient que ce projet va «dans le bon sens pour la sécurité énergétique du pays», on peut en effet mettre en doute l’utilité d’un tel chantier. La production électrique française est «largement excédentaire» comme le rappelle Agir pour l’environnement, qui rejette ce projet «inutile et dispendieux». La construction d’un deuxième EPR n’aurait pour but que d’augmenter les exportations d’énergie. Là encore, le concept est incohérent avec l’objectif de réduction de la consommation d’énergie européenne. Pire encore, les associations dénoncent le rôle de “vitrine” de cette nouvelle centrale, qui permettrait à la France de vendre son expertise nucléaire.
Et pourtant, l’image du nucléaire français a souffert des retards accumulés sur le chantier finlandais et sur celui de Flamanville. Greenpeace avance un surcoût de 5,5 milliards d’euros pour le prototype finlandais. Les Verts parlent de «provocation» de la part du président de la République, qui impose cette «aberration industrielle qui ne repose sur aucune justification énergétique, environnementale et même économique», au lendemain de la tempête qui a mis à mal le système électrique français. Selon Patrick Larradet de la CFDT Energie, interrogée par le quotidien Les Echos, le nucléaire n’est pas la solution aux problèmes de consommation de pointe de l’Hexagone.

Un projet porteur d’espoir pour la région
Un autre syndicat, la CGT, se réjouit en revanche que le contrat ait été confié à EDF. Dans un communiqué, le P-DG de l’entreprise française s’est lui-même félicité de la décision de Nicolas Sarkozy, qui «conforte la stratégie industrielle engagée par le groupe sur le long terme dans le développement de moyens de production sans CO2». Pierre Gadonneix considère également cette prise de position comme «une excellente nouvelle pour l’ensemble de la filière nucléaire et pour l’emploi en France».
De même, les acteurs locaux accueillent le projet avec joie, voire soulagement. Le maire PCF de Dieppe (Seine-Maritime) a déclaré à l’AFP que les 2000 emplois créés par cette construction seront «une compensation extraordinaire» pour le département, touché de plein fouet par la crise de l’automobile. Ce à quoi Greenpeace met un bémol notable : l’association militante précise que le chantier de Flamanville n’a créé que 1200 emplois «qui ne sont pas majoritairement des emplois locaux» et que la centrale n’emploiera à terme que 200 permanents. A titre de comparaison, Greenpeace rappelle que chez nos voisins allemands, «le seul développement des [énergies] renouvelables a permis de créer 250000 emplois non délocalisables».
Rouba Naaman novethic.fr
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