Les Etats-Unis menacés par une crise de l’eau
Le 04 mars 2009
Vu dans novethic.fr
Loin d’être le premier pays cité lorsqu’on évoque la «crise de l’eau», les Etats-Unis sont pourtant confrontés à une pénurie d’eau grandissante. Plus gros consommateurs du monde, ils doivent impérativement revoir leur «american way of life» pour enrayer cette crise désormais avérée.
«La crise de l′eau aux Etats-Unis est un fait.» Un fait loin d′être apprécié à sa juste valeur dans l′opinion américaine, mais bien réel, comme le prouve Emmanuel Petrella, chercheur à l′Institut Européen de Recherche sur la Politique de l′Eau (IERPE), dans son rapport «Les grands malades de l′eau : les Etats-Unis.» Depuis la fin des années soixante dix, les réserves naturelles d′eau douce s′épuisent outre-Atlantique. Les sécheresses, d′ordinaire fréquentes dans les Etats du Sud-Ouest américain, sont de plus en plus longues et sévères, et touchent désormais les régions de l′Est et du Nord-Ouest, naturellement riches en eau. Et la pénurie est tant quantitative que qualitative.
La surexploitation atteint ses limites
Si les États-Unis occupent le quatrième rang mondial en termes de ressources en eau renouvelable, les modes de consommation et de production ont conduit à une telle surexploitation de ces ressources qu′elles sont aujourd′hui, pour beaucoup d′entre elles, moribondes. Les secteurs de l′énergie thermoélectrique et de l′irrigation sont les plus gourmands, représentant à eux deux plus de 70% des prélèvements en eau douce. Vient ensuite la consommation des ménages (13%), qui pulvérise les records mondiaux. Un Américain utilise en effet 700 litres d′eau par jour en moyenne, avec des pointes de l′ordre de 1320 L/j, recensées dans la ville de Palm Springs, située en plein désert californien. A titre de comparaison, un Européen consomme 175 L/j, un Africain, 10 L/j.
Pour satisfaire à ces besoins, les réserves sont ponctionnées plus vite qu′elles ne se renouvellent. Ainsi, l′aquifère d′Ogallala, qui approvisionne notamment la ville de Phoenix en Arizona, est prélevé à une vitesse quatorze fois supérieure à celle de son renouvellement naturel. Le lac Mono, qui alimente Los Angeles, se vide peu à peu, et tend à subir le même sort que son voisin, le lac Owens, qui avait disparu à la fin des années trente. De tels exemples sont loin d′être éparses, et les conséquences de cette pénurie se font d ′autant ressentir que le territoire américain est soumis à de fortes sécheresses depuis quelques années. Sécheresses que le GIEC considère par ailleurs comme des effets directs du réchauffement climatique, et qui devraient donc se reproduire dans les années à venir. La dernière en date, fin 2007, a plongé la Géorgie dans un désarroi sans précédent, craignant l′assèchement total du lac Lanier, retenue artificielle de 15 000 hectares, qui alimente Atlanta (3,8 millions d’habitants).
Une eau de qualité médiocre
Outre la quantité d′eau, c′est également sa qualité qui décline dangereusement. On y retrouve de nombreux polluants chimiques, pour la plupart d′origine agricole. Et pour cause : l′utilisation des engrais artificiels a augmenté de moitié ces trente dernières années. La pollution azotée est devenue un problème chronique dans la quasi totalité des Etats américains, sachant que la norme NOx (qui définit le seuil maximal autorisé des émissions d′oxyde d′azote) date de 1971, et n′a été révisée qu′une fois, en 1984. D′après l′Agence de protection de l′environnement (EPA), plus de trente millions d′américains sont ainsi approvisionnés en eau polluée. D′autant que les infrastructures vétustes (certaines ont plus de 100 ans), pèsent également sur la qualité de l′eau, dans laquelle on retrouve du plomb et autres métaux lourds. En 2003, le Natural Ressources Defense Council, association de défense de l′environnement, a dressé un bilan de la qualité de l′eau dans plusieurs villes américaines : Boston, San Francisco et Phoenix sont les plus mal notées. Et même si les normes de l′EPA sont moins élevées qu′en Europe, Boston et Phoenix ont récemment été réprimendées pour avoir violé les lois fédérales, en matière de traitement des eaux usées pour la première, et de respect des règles de contrôle pour la deuxième.
Une gestion coûteuse, à redéfinir
La gestion de la distribution en eau est en réalité devenu un véritable gouffre financier pour de nombreuses municipalités américaines. Rénovation des infrastructures, création de centres de traitement des eaux usées, contrôles : le budget alloué pèse de plus en plus lourd. Si les systèmes hydrauliques restent à 85% dans le giron public, de nombreuses entreprises, notamment européennes, viennent proposer leurs savoir-faire technologiques. «C’est une nécessité que de faire appel à ces acteurs privés pour délester un peu les municipalités, mais cette tendance ne risque pas de se renforcer, car la confiance de la population dans les pouvoirs publics reste très forte». Selon Emmanuel Petrella, si les États-Unis peuvent encore assurer leurs besoins en eau pour les vingt années à venir, des conflits et tensions internes au sujet du partage de la ressource risquent néanmoins d’apparaître. Cependant, les considérations environnementales de Barak Obama et de son équipe pourraient atténuer cette crise, voire l’enrayer. Dans le cadre de son plan de relance, le président américain vient en effet d’allouer 7,22 milliards de dollars à l’EPA, sur lesquels 4 milliards seront consacrés à la politique de l’eau. De quoi satisfaire la nouvelle administratrice de l’agence, Lisa Jackson, spécialiste du traitement de l’eau et des déchets.
Anne Farthouat novethic.fr
Loin d’être le premier pays cité lorsqu’on évoque la «crise de l’eau», les Etats-Unis sont pourtant confrontés à une pénurie d’eau grandissante. Plus gros consommateurs du monde, ils doivent impérativement revoir leur «american way of life» pour enrayer cette crise désormais avérée.
«La crise de l′eau aux Etats-Unis est un fait.» Un fait loin d′être apprécié à sa juste valeur dans l′opinion américaine, mais bien réel, comme le prouve Emmanuel Petrella, chercheur à l′Institut Européen de Recherche sur la Politique de l′Eau (IERPE), dans son rapport «Les grands malades de l′eau : les Etats-Unis.» Depuis la fin des années soixante dix, les réserves naturelles d′eau douce s′épuisent outre-Atlantique. Les sécheresses, d′ordinaire fréquentes dans les Etats du Sud-Ouest américain, sont de plus en plus longues et sévères, et touchent désormais les régions de l′Est et du Nord-Ouest, naturellement riches en eau. Et la pénurie est tant quantitative que qualitative.
La surexploitation atteint ses limites
Si les États-Unis occupent le quatrième rang mondial en termes de ressources en eau renouvelable, les modes de consommation et de production ont conduit à une telle surexploitation de ces ressources qu′elles sont aujourd′hui, pour beaucoup d′entre elles, moribondes. Les secteurs de l′énergie thermoélectrique et de l′irrigation sont les plus gourmands, représentant à eux deux plus de 70% des prélèvements en eau douce. Vient ensuite la consommation des ménages (13%), qui pulvérise les records mondiaux. Un Américain utilise en effet 700 litres d′eau par jour en moyenne, avec des pointes de l′ordre de 1320 L/j, recensées dans la ville de Palm Springs, située en plein désert californien. A titre de comparaison, un Européen consomme 175 L/j, un Africain, 10 L/j.
Pour satisfaire à ces besoins, les réserves sont ponctionnées plus vite qu′elles ne se renouvellent. Ainsi, l′aquifère d′Ogallala, qui approvisionne notamment la ville de Phoenix en Arizona, est prélevé à une vitesse quatorze fois supérieure à celle de son renouvellement naturel. Le lac Mono, qui alimente Los Angeles, se vide peu à peu, et tend à subir le même sort que son voisin, le lac Owens, qui avait disparu à la fin des années trente. De tels exemples sont loin d′être éparses, et les conséquences de cette pénurie se font d ′autant ressentir que le territoire américain est soumis à de fortes sécheresses depuis quelques années. Sécheresses que le GIEC considère par ailleurs comme des effets directs du réchauffement climatique, et qui devraient donc se reproduire dans les années à venir. La dernière en date, fin 2007, a plongé la Géorgie dans un désarroi sans précédent, craignant l′assèchement total du lac Lanier, retenue artificielle de 15 000 hectares, qui alimente Atlanta (3,8 millions d’habitants).
Une eau de qualité médiocre
Outre la quantité d′eau, c′est également sa qualité qui décline dangereusement. On y retrouve de nombreux polluants chimiques, pour la plupart d′origine agricole. Et pour cause : l′utilisation des engrais artificiels a augmenté de moitié ces trente dernières années. La pollution azotée est devenue un problème chronique dans la quasi totalité des Etats américains, sachant que la norme NOx (qui définit le seuil maximal autorisé des émissions d′oxyde d′azote) date de 1971, et n′a été révisée qu′une fois, en 1984. D′après l′Agence de protection de l′environnement (EPA), plus de trente millions d′américains sont ainsi approvisionnés en eau polluée. D′autant que les infrastructures vétustes (certaines ont plus de 100 ans), pèsent également sur la qualité de l′eau, dans laquelle on retrouve du plomb et autres métaux lourds. En 2003, le Natural Ressources Defense Council, association de défense de l′environnement, a dressé un bilan de la qualité de l′eau dans plusieurs villes américaines : Boston, San Francisco et Phoenix sont les plus mal notées. Et même si les normes de l′EPA sont moins élevées qu′en Europe, Boston et Phoenix ont récemment été réprimendées pour avoir violé les lois fédérales, en matière de traitement des eaux usées pour la première, et de respect des règles de contrôle pour la deuxième.
Une gestion coûteuse, à redéfinir
La gestion de la distribution en eau est en réalité devenu un véritable gouffre financier pour de nombreuses municipalités américaines. Rénovation des infrastructures, création de centres de traitement des eaux usées, contrôles : le budget alloué pèse de plus en plus lourd. Si les systèmes hydrauliques restent à 85% dans le giron public, de nombreuses entreprises, notamment européennes, viennent proposer leurs savoir-faire technologiques. «C’est une nécessité que de faire appel à ces acteurs privés pour délester un peu les municipalités, mais cette tendance ne risque pas de se renforcer, car la confiance de la population dans les pouvoirs publics reste très forte». Selon Emmanuel Petrella, si les États-Unis peuvent encore assurer leurs besoins en eau pour les vingt années à venir, des conflits et tensions internes au sujet du partage de la ressource risquent néanmoins d’apparaître. Cependant, les considérations environnementales de Barak Obama et de son équipe pourraient atténuer cette crise, voire l’enrayer. Dans le cadre de son plan de relance, le président américain vient en effet d’allouer 7,22 milliards de dollars à l’EPA, sur lesquels 4 milliards seront consacrés à la politique de l’eau. De quoi satisfaire la nouvelle administratrice de l’agence, Lisa Jackson, spécialiste du traitement de l’eau et des déchets.
Anne Farthouat novethic.fr


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